Interview d’Eliam Boumerzoug, Développeur Web & Mobile

Depuis près de vingt ans, Eliam BOUMERZOUG évolue dans le développement informatique. Du back-end aux interfaces, puis aux applications mobiles, il a suivi les transformations d’un métier en perpétuelle évolution. Installé près de Bordeaux, il partage son quotidien entre télétravail et bureau, ses qualités clés (curiosité, ténacité, communication), et ses choix de formation entre Bordeaux et Paris. À l’heure où l’IA bouscule le métier, il livre aussi un conseil lucide aux étudiants : savoir coder ne suffit plus.
Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre métier ?
Je m’appelle Eliam BOUMERZOUG et j’habite aujourd’hui près de Bordeaux. Cela fait presque vingt ans que je travaille dans la tech, dans le développement, aussi bien web que sur des applications. L’intitulé exact peut varier selon les entreprises : développeur, développeur d’applications… J’ai aussi été tech lead, avec une part de gestion d’équipe.
Quelles sont vos missions principales ?
Ma mission principale consiste à développer une application mobile qui fonctionne à la fois sur iOS et Android. Pour cela, j’utilise React Native, une librairie très répandue, à l’origine développée par Meta, et qui s’inscrit dans l’écosystème React (ReactJS côté web, React Native côté mobile).
À quoi ressemble une journée type ?
Le matin, comme dans beaucoup d’équipes, nous avons des méthodes agiles : il y a souvent un daily, une réunion courte d’environ quinze minutes. Ensuite, chacun avance sur ses sujets.
De mon côté, je récupère généralement une user story, c’est-à-dire une demande structurée avec les caractéristiques du besoin. Je progresse dessus : parfois cela prend quelques heures, parfois plusieurs jours. Il y a forcément une partie “code”, mais aussi beaucoup de réflexion, de conception, puis de tests. La journée se rythme ensuite avec d’éventuelles réunions, et des temps d’échanges.
Quelles sont les qualités principales pour bien faire votre métier ?
Pour moi, il y en a trois :
La curiosité : le métier évolue très vite. Les langages, les frameworks et les outils changent en permanence : il faut donc se former continuellement, en formation ou en auto-formation, pour rester efficace sur les projets.
La ténacité : le développement consiste en grande partie à résoudre des problèmes. J’aime l’image de l’inspecteur : on enquête, on cherche, on teste jusqu’à comprendre ce qui ne fonctionne pas. Certaines solutions demandent du temps, et il ne faut pas abandonner trop vite.
La communication : le développeur isolé derrière son écran, c’est un cliché. Aujourd’hui, on travaille en équipe : il faut échanger, partager l’avancement et collaborer.
Pourquoi avez-vous choisi de devenir développeur web & mobile ?
Ça peut faire sourire, mais je pense que c’est assez lié à ma génération : étant né dans les années 80, j’ai connu l’essor des jeux vidéo. Quand on joue, on se demande comment c’est fabriqué, comment ça marche… et forcément, on met le nez dans l’informatique, on “bidouille”. Je n’ai finalement pas fait de jeu vidéo, mais cette passion de jeunesse m’a naturellement mené vers ce métier. J’avais aussi d’autres envies, comme le dessin ou le sport, mais l’informatique avait ce double avantage : l’intérêt personnel, et le fait que c’était déjà vu comme un métier d’avenir, avec de la demande.
Quel est le plus grand challenge que vous rencontrez dans votre métier ?
Le challenge, c’est souvent de sortir de ce qu’on connaît. Dans le développement, on distingue par exemple le back-end (côté serveur) et le front-end (côté interface). J’ai fait plus de dix ans en back-end, avec les bases de données, puis j’ai basculé progressivement vers le front-end, et ensuite vers le développement d’applications. Changer de “paradigme” demande de se remettre en question : on ne recommence pas à zéro, parce que l’expérience reste là, mais on accepte d’être moins expert sur un nouveau terrain et d’évoluer.
Quel a été votre parcours académique pour en arriver là ?
J’ai commencé par un BTS Informatique et Gestion. Après un tronc commun en première année, j’ai choisi l’option administration réseau, car je me projetais moins dans le développement “pur”. J’ai obtenu ce diplôme vers 2003.
J’ai ensuite intégré une école privée d’informatique pour me former en deux ans au métier de chef de projet informatique, avec davantage de développement. C’est là que j’ai découvert le développement web, dont j’ai apprécié le côté immédiat et accessible à grande échelle.
Finalement, je suis monté à Paris pour un contrat de qualification en alternance à l’IPSSI, orienté développement web (PHP, avec deux certifications). À l’issue de la formation, j’ai été rapidement recruté, dans un contexte de forte demande, ce qui a confirmé mon choix professionnel.
Pourquoi avez-vous choisi l’IPSSI ?
Quand je suis monté sur Paris, j’avais deux options : un CDI plutôt orienté assistance technique, et la formation à l’IPSSI. Cette formation me permettait de continuer à apprendre et surtout d’avoir un pied solide en entreprise grâce à l’alternance.
Le seul “risque”, c’était de trouver une entreprise d’accueil. Mais j’ai été très agréablement surpris : nous étions bien suivis, on m’a donné des contacts d’entreprises du réseau, et au bout d’une à deux semaines, j’avais trouvé une structure pour m’accueillir. Même pour le logement, j’ai eu des conseils pratiques qui m’ont facilité la transition. Tout s’est bien aligné : le contenu me convenait et le format alternance me correspondait.
Quel conseil donneriez-vous aux étudiants de l’IPSSI ?
Je pense qu’il faut être lucide : l’IA est devenue omniprésente et, pour les juniors, l’entrée sur le marché est plus difficile qu’avant. On voit des structures qui ont plus de mal à positionner de jeunes profils sur des missions. Le point clé, c’est que “savoir coder” ne suffit plus. La valeur va de plus en plus se situer autour de l’architecture, la conception, comprendre où l’on veut aller, organiser proprement le code, prendre de la hauteur, et être capable de piloter un projet. Et il faut aussi renforcer ses soft skills : communication, travail en équipe, capacité à s’adapter. Ce sont ces cordes-là, en plus de la technique, qui aideront les nouvelles générations à tirer leur épingle du jeu, dans un contexte qui n’est plus celui d’il y a dix ans.
